C'est la brindille. Celle qui est jeune, souple encore. Le vent l'agite, il danse avec elle, il la laisse frissonnante, du bout des doigts. C'est la brindille verte, dans les premières semaines, elle espère encore le toucher. Elle est là, patiente et arrogante, elle puise, elle s'élance. Mais elle est trop loin des racines, elle les a oublié. La terre humide n'est qu'un murmure qui s'agite entre les branches, l'eau n'a plus de sens, un simple mot qui court sur l'écorce. C'est la sève ici qui s'éveille, elle en oubli le bois dur. C'est les bourgeons par pointes vertes, ils se déroulent et balancent un peu plus les brindilles, alourdies en un souffle. Alors c'est le gris qui est monté. C'est lui qui a commencé à l'étrangler, le vert, à l'épaissir, le durcir et le rendre cassant. Elle a lutté, la brindille souple et clair. Elle a voulu se hisser plus haut encore. Mais il est sans pitié. Partout il s'est étendu, partout il les a repoussé. Elles voulaient monter encore, s'élancer à nouveau, plus fines et légères. Mais c'était trop tard. Alors c'est dans les feuilles éclatantes, qu'elles se sont réfugiées. C'est en elles qu'elles se sont isolées, les brindilles. Alors elles ont dessiné les mats de ces petits voiles verts, elles ont nervuré les feuilles, claires et légères, dansant à nouveau sous la caresse du vent. L'écorce ne les rattrapera plus. Il avait voulu encore, le gris, s'en emparer. Mais les voiles se sont détachées et elles sont partis, dans un souffle. Parce que c'est là qu'elles voulaient être, les brindilles, légères et sans attaches, emportées par le vent.
jeudi 19 mars 2009
mercredi 18 février 2009
lundi 16 février 2009
L'attente
A nouveau un blocage. Depuis plusieurs mois déjà. Il y a eu les tentatives ratées, il y a eu toutes ses phrases qui s'accumulent, ou plutôt ce sac de mots, tant il est insensé. C'est le moment des doutes. Hier, ce sont les vieux carnets, les papiers froissés que j'ai ouvert, déplié. Quelques petits pincements, des souvenirs des mots sensés, ceux qui m'ont raconté et qui aujourd'hui me fuient. Il y avait le vrai assemblage presque automatique qui touchait tant à l'exactitude, qui sous couvert de détails et de descriptions cueillait à l'essentiel même. C'était les mots, les vrais.
Aujourd'hui ce sont à peine des lettres saccadées que je retrouve, et ce soir, je ne reconnais plus même les mots d'hier, leurs images qui s'y collaient, qui s'accrochaient à leur peau. J'ai perdu leur souvenir, j'ai oublié de peindre avec les mots, j'ai oublié les couleurs qui s'y rattachent, même le rouge en est devenu plus fade ; même les notes ne ruissellent plus contre les toits, quand la pluie venait les précipiter, en cascade, accrochées à chaque goutte. Peut-être que les gouttes ont ondulé le papier, ont lavé la partition, n'y laissant que des tâches d'encre, sans même le souvenir d'une gamme. Peut-être que finalement, les mots ne s'accordent pas vraiment, ne sont pas un calque, à partir duquel on retrouve enfin l'image. Ils sont devenu cruels, ils ont oublié, eux, que moi je voulais vraiment voir la mer avec eux, que j'espérais le phare, fière et solitaire. je veux revoir le rouge, et le soir qui ne se termine pas, je veux retrouver le réverbère ruisselant, et les flocons qui fondent sur le bitume.
J'aimerais les revoir, réapprendre à les apprivoiser, comprendre qu'ils s'éveillent, quelques minutes durant, dans une ivresse effrénée et une danse sur les lignes. J'aimerais les toucher, les murmurer du bout des lèvres, les sentir mourir dans un souffle, les contempler dans l'instant rare. Mais pour l'instant, le sac s'est percé.
Je les attends.
Aujourd'hui ce sont à peine des lettres saccadées que je retrouve, et ce soir, je ne reconnais plus même les mots d'hier, leurs images qui s'y collaient, qui s'accrochaient à leur peau. J'ai perdu leur souvenir, j'ai oublié de peindre avec les mots, j'ai oublié les couleurs qui s'y rattachent, même le rouge en est devenu plus fade ; même les notes ne ruissellent plus contre les toits, quand la pluie venait les précipiter, en cascade, accrochées à chaque goutte. Peut-être que les gouttes ont ondulé le papier, ont lavé la partition, n'y laissant que des tâches d'encre, sans même le souvenir d'une gamme. Peut-être que finalement, les mots ne s'accordent pas vraiment, ne sont pas un calque, à partir duquel on retrouve enfin l'image. Ils sont devenu cruels, ils ont oublié, eux, que moi je voulais vraiment voir la mer avec eux, que j'espérais le phare, fière et solitaire. je veux revoir le rouge, et le soir qui ne se termine pas, je veux retrouver le réverbère ruisselant, et les flocons qui fondent sur le bitume.
J'aimerais les revoir, réapprendre à les apprivoiser, comprendre qu'ils s'éveillent, quelques minutes durant, dans une ivresse effrénée et une danse sur les lignes. J'aimerais les toucher, les murmurer du bout des lèvres, les sentir mourir dans un souffle, les contempler dans l'instant rare. Mais pour l'instant, le sac s'est percé.
Je les attends.
lundi 27 octobre 2008
La grande mer
J'ai toujours rêvé de voir la mer. Je me souviens, de cette sorte de besoin d'une chose tellement inconnue et fantasmé. Il y avait cette image d'une force et d'un infini. Et les vagues, elles s'agitent, comme si il fallait engloutir la côte, comme si il fallait emporter les voiliers ( car il n'y avait que les grands voiliers et certaines petites barques de pêcheur), enfin c'est comme ça que je les voyais. C'était les grandes falaises noires, et les vagues écumeuses des grandes tempêtes, c'était le rugissement de la mer. C'était ça, l'image naïve. Non je ne l'ai pas vraiment vue depuis. Une nuit, sur un bateau, nuit froide et venteuse de janvier, qui s'avance bien trop vite. C'était les creux, le bateau qui brise les vagues, il manquait quelque chose encore, les grandes vagues peut-être, ou la lune et les étoiles, cachées par les nuages. Incomplet, oui, il me fallait autre chose que ce gros bateau navette avec son restaurant, son parking et ses machines à sous. Ce n'était pas la grande mer, même sur ce pont froid et désert, celui sur lequel je m'étais installé debout, appuyé contres les rampes à regarder la côte et ses lumières se rapprocher bien trop vite, avec ses deux grosses villes visibles de si loin... où étaient les phares ? Comment les distinguer entre une discothèque de ville et ses grands néons, et les milliers de lampadaires, phares de voiture et autres fenêtres, polluant l'air et oubliant la rareté du phare, éclaireur avancé parmi tous, seul en avant. Non, plus la beauté du phare, lui qui m'avait autant fait rêver que la mer. Non ce soir là je n'ai pas rencontré la mer, ce soir là, j'ai rencontré si furtivement un morceau d'infini bien trop court, trop encadré, trop abimé. Alors je rêve de la mer et de la petite coque de bois, plus petite que les vagues, je m'imagine la barque à l'assaut de la mer. Le vent était là, je le garde oui, mais sans les étoiles des nuits froides et sans nuage de l'hiver, entourant une lune pleine. Je ne veux pas de l'horizon, sans plus de repères que le ciel, je ne veux plus distinguer ciel et mer au loin, je veux pouvoir me dire que là bas, la mer m'envolera, petit à petit, que finalement, je suis peut être déjà dans le ciel. Je veux me dire tout ça, parce qu'on n'a pas le droit de briser cette vision. Je veux voir en quittant terre les grands phares, fiers, qui défient les vagues. Je veux voir les gardiens de la terre, briseurs des vagues de tempête. je veux un point allumé qui balaye la surface, et me dire qu'un homme éveille chaque soir ce géant, qu'un homme est seul comme aucun autre, devant ce sans horizon. Je veux croire à tout ça, parce que ce n'est pas possible autrement. J'espère qu'un jour, je la verrai, la mer, j'espère qu'un jour, je serai le gardien du phare, et que je regarderai quelques bateaux partir se perdre et ne plus revenir.
jeudi 28 août 2008
La fuite
Comme un goût qui n'a plus cours, c'est un parfum qui se retire, déjà. Il avait relevé la tête, revêtu cet air de doux reproche, et regagné la marche rapide des hommes préoccupés. Je ne captais plus un regard, que des gestes précipités, fuyant quelques instants encore ce qui le rattrapera, ce n'est qu'une question de temps. La rue s'est refermée maintenant, et les réverbères éteints, il fuit contre le vent.
mardi 19 août 2008
Le Bateau
Il y a eu le bateau, celui qui descend toujours, le long du fleuve. Il se laisse voir des rives, entre les joncs. Il y a eu le clapotis calme, celui des vagues contre la coque, celui qui agite les joncs, et les ondes qui suivent et serpentent derrière lui. Il n'y a pas de terre autour, juste les buttes, qui empêchent l'eau de se perdre encore. Le courant s'est oublié dans cette longue et silencieuse gorge, il balance les morceaux de bois. Alors il faut laisser glisser, comme si c'était la coquille de noix, celle qui se ballote, comme si rien d'autre.
Il y a eu le silence du vent qui gonfle les voiles, bouffée d'oxygène, inspiration, longue et profonde, dans un râle tendu, d'un tissu sans un pli. Et les craquements, le bois qui crie, les cordes qui se tendent, le bateau.
C'était déjà le matin, il ne dort pas la nuit, le bateau. Lui, il court vers le large, vers la terre des vagues, des creux et des rouleaux. Lui, il file, il ne veut plus les rives, c'est sans horizon.
Alors lui, je le laisse glisser, je le laisse s'en aller, il n'est déjà plus qu'un point là-bas, il est passé déjà. Un autre jour peut-être.
Il y a eu le silence du vent qui gonfle les voiles, bouffée d'oxygène, inspiration, longue et profonde, dans un râle tendu, d'un tissu sans un pli. Et les craquements, le bois qui crie, les cordes qui se tendent, le bateau.
C'était déjà le matin, il ne dort pas la nuit, le bateau. Lui, il court vers le large, vers la terre des vagues, des creux et des rouleaux. Lui, il file, il ne veut plus les rives, c'est sans horizon.
Alors lui, je le laisse glisser, je le laisse s'en aller, il n'est déjà plus qu'un point là-bas, il est passé déjà. Un autre jour peut-être.
jeudi 14 août 2008
Le moulin à vent
C'était encore le soir, celui qui ne flotte plus que dans les voiles, que le vent agitait dans le ciel encore blanc.
Il y a le bateau qui se laisse glisser, il s'était oublié, porté par le souvenir. Le houle le balotait, comme autant de pensées, venant s'échouer là, sur la coque trop dure, elle qui brisait les vagues sans jamais les toucher.
C'est le moulin à vent qui brassait l'air encore. C'était encore le soir, ne flottant plus dans les vagues. Les grands voiles du moulin étaient ici maintenant, dirigées par les sémaphores criant contre la pluie. Elle abattait les cris, fauchés en plein envol, je marche encore dedans, ils ruissèlent de la piste, saignants de leurs lumières, et des gestes muets.
L'aurore sera lointaine. Il faudra attendre que la pluie lave enfin, par la boite à couleurs, une image tenace, rampant le long des branches.
Il y a le bateau qui se laisse glisser, il s'était oublié, porté par le souvenir. Le houle le balotait, comme autant de pensées, venant s'échouer là, sur la coque trop dure, elle qui brisait les vagues sans jamais les toucher.
C'est le moulin à vent qui brassait l'air encore. C'était encore le soir, ne flottant plus dans les vagues. Les grands voiles du moulin étaient ici maintenant, dirigées par les sémaphores criant contre la pluie. Elle abattait les cris, fauchés en plein envol, je marche encore dedans, ils ruissèlent de la piste, saignants de leurs lumières, et des gestes muets.
L'aurore sera lointaine. Il faudra attendre que la pluie lave enfin, par la boite à couleurs, une image tenace, rampant le long des branches.
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